
Abdessamad Idrissi, député PJD et avocat, a été victime hier d'agressions verbales et physiques de la part des forces de l'ordre, trois mois après avoir affirmé à la télé que ces méthodes avaient disparu.
Le député PJD, également membre du Forum Al Karam, avait protesté hier auprès des forces de l'ordre, qui venaient de violenter sous ses yeux des diplômés chômeurs devant le Parlement, à Rabat.
Voici une traduction de son témoignage, publié sur sa page Facebook :
« Afin de clarifier ce qui s'est passé avec moi jeudi soir, Bd Mohammed V à Rabat : Je marchais au moment même où les forces de l'ordre dispersaient avec violence une manifestation des diplômés chômeurs. J'ai observé un usage excessif de la force, les flics ont trainé par la jambe un des manifestants sur une distance de plus de trente mètres, je ne pouvais pas rester silencieux devant des violations aussi flagrantes de la loi sur la dispersion des rassemblements et des violations flagrante des exigences des droits de l'homme relatives à ces situations.
En tant que membres du Parlement, membre du bureau exécutif du « Forum Al Karama - la dignité - des droits de l'homme » et avocat, je me suis adressé poliment délicatement aux responsables des forces publics pour leur demander de libérer le chômeur qui a été traîné sur le sol sur une longue distance par deux agents et frappé par d'autres. L'un des responsables m'a demandé de décliner ma qualité qui me permet de parler avec eux, je leur ai répondu que je suis parlementaire et membre d'une association des droits humains. Alors, ils m'ont demandé de le prouver et m'ont demandé aussi si j'étais pour l'emploi direct des diplômés. J'ai répondu que ce sujet n'a rien à voir avec l'usage de la violence. Avant de leur montrer ma carte et mon passeport qui était avec moi je les ai interrogés sur leur qualités, ils ont répondu: l'un est pacha et l'autre commissaire de police. Après avoir vu mes pièces justificatives ils ont ordonné aux forces de sécurité de me tirer et me frapper. Ce qui a effectivement eu lieu pendant que les deux responsables ont commencé à m'insulter. J'ai ainsi été battu et trainé sur une longue distance (depuis Le bâtiment de la Poste jusqu'à la Banque du Maroc) puis ils ont essayé de me faire monter dans leur véhicule, ce qui a conduit à la déchirure de ma chemise et ma cravate. J'ai résisté, la foule s'est rassemblée et ils m'ont lâché tout en continuant à m'insulter à haute voix et insulter les parlementaires et les politiciens.
Par conséquent, ce qui m'importe, c'est que l'usage excessif et injustifié de la force vis-à-vis des chômeurs et des autres manifestants, est une violation de la loi. Il faut se dresser avec force contre ces pratiques injustifiées pour les arrêter, et advienne que pourra.
L'agression flagrante dont j'ai été victime ne doit pas être personnifiée mais doit être vu dans le contexte des attaques répétées contre les citoyens.
Chacun doit prendre ses responsabilités pour mettre fin à ces attaques barbares contre les manifestants dans la rue. Le gouvernement doit relever le défi majeur qui consiste à surveiller le travail des forces publiques, le faire soumettre aux exigences légales et les obliger à respecter les principes des droits humains.
Je m'interroge aussi sur les garanties offertes à un parlementaire pour qu'il mène son action, et sur l''utilité de la carte de parlementaire, et du passeport de service (que j'ai toujours refusé d'utiliser tout comme j'ai refusé d'apposer sur le pare-brise de mon véhicule le macaron du parlementaire) puisque ces documents n'apportent aucune protection à leur titulaire lorsqu'il veut assumer ses fonctions.
Je m'interroge aussi sur les garanties entourant l'exercice des activités relatives aux droits de l'homme dans cet heureux pays.
Je confirme enfin que ces incidents et ces violations ne font que renforcer notre détermination à continuer dans la voie de la réforme, nous sommes conscients que cette voie est difficile et parsemée de risques et d'obstacles, mais notre décision est militer et militer dans toutes les circonstances et les situations. »
Il est à signaler que, trois mois avant, le même député PJD avait loué les avancées démocratiques du Maroc en termes de respect des droits de l'homme. Dans une interview accordée à la chaîne anglaise BBC, il avait affirmé que les vieilles méthodes de répression avait complètement disparu et que la torture n'existait plus, et que pour tous ceux qui prétendent avoir subi une torture, l'Etat s'est doté d'un mécanisme pour les protéger: l'expertise.
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